Quel est l’impact d’un savon SAF sur l’environnement ?

Cet article fait partie d’un ensemble de 7 articles sur le savon écrits par 7 savonniers artisanaux travaillant suivant la méthode de saponification à froid. Pour chacun de nous, le savon est notre passion, notre métier, et au travers ces articles nous souhaitons vous le faire découvrir et apprécier. Alban, artisan savonnier basque implanté à Paris, répond ici à la question : quel est l’impact d’un savon à froid sur l’environnement ? Bonne lecture 😉

Aujourd’hui, notre société, aidée par l’industrie veut que tout soit aseptisé. Nous sommes les héritiers de Pasteur, il faut tuer tous les microbes ! Aussi il est mis à notre disposition une multitude de produits pour nous laver : savons de toutes sortes, gels douches aux parfums les plus exotiques, huiles lavantes aux vertus les plus déconcertantes… Mais si nous sortons propres de notre salle de bain avec tous ces produits, sommes-nous vraiment propres face à notre bonne vieille Terre ?

Intéressons-nous de plus près au Savon à Froid (SAF) pour explorer son impact sur l’environnement et le comparer aux autres produits disponibles sur le marché. Regardons sa composition, sa fabrication, son utilisation, ses résidus dans l’environnement et sa distribution.

La composition du SAF :

Un savon est le résultat du mélange de corps gras et d’un alcalin puissant. Dans le savon solide, l’alcalin utilisé est de l’hydroxyde de sodium (soude caustique), produit dangereux mais naturel obtenu à partir du sel de table (chlorure de sodium). A noter que la soude caustique disparait complètement pendant la réaction de saponification (plus aucune trace dans un savon ce sont les secrets de la chimie et des réactions entres plusieurs composants).

En ce qui concerne les corps gras, dans la savonnerie traditionnelle, les gras de porc et de boeuf, ainsi que l’huile de palme et celle de noyaux de palme sont privilégiés. Or nous connaissons tous l’impact de l’élevage intensif des animaux et aussi la déforestation provoquée par la culture des palmiers à huile (les orangs outans aussi !) mais sommes-nous conscients des impacts après utilisations de ces produits dans l’écosystème ?

Les savonniers à froid sont, pour la plupart, très sensibles aux conséquences environnementales, aussi ils utilisent très souvent des beurres et des huiles végétales issus de l’agriculture biologique, ils privilégient les huiles locales et des circuits courts. Cette démarche se poursuit pour parfumer leurs savons, ce sont des huiles essentielles (d’origine bio bien-sûr) qui vont être privilégiées et non des parfums de synthèse d’origine industrielle même si le coût de revient est plus important.

Les savons à froid étant surgraissés naturellement, ils ne comportent aucun conservateur contrairement à la plupart des savons traditionnels et à tous les gels douches ! Enfin lors de sa fabrication, la consommation d’eau est faible sur un savon à froid, contrairement à un savon à chaud qui a besoin d’énormément d’eau, y compris au stade du relargage (processus chimique qui provoque la séparation de savon et de la glycérine) et la purification ou à un gel douche dont l’eau est l’ingrédient principal (de 70% à 95% de sa composition).

La fabrication du SAF :

Manufacturer un savon à froid est très peu énergivore. En effet, il faut un peu de chaleur pour faire fondre les beurres afin de pouvoir les mélanger avec les huiles, c’est-à-dire les chauffer au maximum à 40°C, l’utilisation d’un mixeur pour lancer la réaction de saponification (cf supra) pendant au maximum 15 minutes pour les savons fabriqués uniquement avec de l’huile d’olive. Et c’est tout ! Après c’est de l’énergie humaine, autrement dit, l’huile de-coude de l’artisan et le temps (séchage) qui font le reste.

savon surfeur azelina

Le savon du surfeur, conçu par Alban dans sa savonnerie Azélina. Un savon SAF inspiré par le grand large 😉

A titre comparatif, un savon à chaud doit être cuit au chaudron, donc nécessite une grande quantité d’énergie pour sa cuisson et ce sur plusieurs jours, le gel douche nécessite toute une série de procédés industriels pour extraire différentes matières qui sont ensuite assemblées afin de réaliser un détergent de synthèse le moins nocif « possible » pour la peau.

L’utilisation d’un SAF :

L’utilisation quotidienne d’un savon à froid, a le mérite d’être plus économique qu’un autre produit tel un gel douche car on ne prélève que ce dont nous avons besoin, contrairement aux produits liquides qui sont plus difficiles à maitriser lors de leur emploi. Donc une consommation plus vertueuse pour le SAF et moins consommateur d’eau chauffée pour le rinçage !

Les résidus d’un SAF :

Comme nous l’avons déjà précisé (cf supra), le savonnier à froid est très sensibilisé aux questions environnementales. Aussi il va plutôt proposer des emballages respectueux de l’environnement avec des encres végétales ou pas d’emballage du tout, contrairement aux savons classiques qui sont généralement fabriqués de manières industrielles et nécessitent de conditionnements (emballages, encres, campagnes publicitaires…) importants pour des raisons de volume, stockage, distribution… Packaging et marketing lui laissent sur leur chemin des milliers de flacons plastiques, de résidus polluants nos océans et empoisonnants les poissons, sauvages ou consommés…

Le savon à froid de par sa composition naturelle et l’absence de conservateur dans sa formulation est entièrement biodégradable, contrairement aux autres produits (savon à chaud, gels douche, crèmes… du fait de la présence indispensable de conservateurs qui sont restent des produits de synthèse qui imposent des traitements industriels spécifiques pour être biodégradés.

Le seul bémol dans les savons à froid, sont les huiles essentielles qui les parfument, certaines en grande concentration, peuvent être néfastes pour l’environnement. Le savonnier à froid développe donc spontanément une approche et des connaissances suffisantes pour : limiter et adapter dans des proportions justes nécessaires ces huiles afin qu’elles ne « brulent » pas la peau lors de l’utilisation du savon sous la douche et de fait en circonscrire son impact dans la chaîne alimentaire des animaux qui sont confrontés a absorber les résidus issus des eaux usées résultants de nos actes quotidiens tels que les douches, le lavage des mains, le lavage à la mains de la vaisselle…

La distribution du SAF :

La logique artisanale du savon à froid en fait un produit plutôt confidentiel. Ainsi, sans tomber dans la caricature, il est possible de les trouver : sur des marchés locaux, des sites internet, quelques boutiques… Le procédé de fabrication interdit de pouvoir proposer des quantités astronomiques par un seul savonnier. Cette activité, qui renoue avec le bon sens ancestral en fait un secteur légitimement très concurrentiel pour le consommateur en quête de qualité et de bien-être, qui s’interdit de s’orienter vers une dynamique industrielle.

Aussi, alors que le coût d’un savon à froid est bien supérieur aux autres produits, pour appliquer des prix raisonnés, le système de marges cumulées privilégie les démarches individuelles, locales, saines…fondé sur la conscience et interdisant toute approche d’industrialisation, de volumes de production ou distribution et permet une redynamisation d’un territoire par une présence artisanale créatrice de savoir-faire non délocalisables et si indispensables au tissu social….

Merci Alban pour cet article très complet ! Alban est le fondateur de la savonnerie Azélina. Si vous souhaitez en savoir plus sur son monde de bulles, rendez vous sur son site : www.azelina.fr

 

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