Tout savoir sur l’huile de Tamanu

Aujourd’hui, je vais vous parler de l’huile de Tamanu, une huile de beauté qui s’est fait une place de choix dans ma trousse de toilette ainsi que dans ma trousse à pharmacie. « Or vert du Pacifique», « Huile sacrée », « Huile aux mille vertus », tels sont les surnoms donnés en Polynésie à l’huile de tamanu, cela en dit long sur l’efficacité de cette huile pourtant très peu connue en métropole.. Le tamanu est utilisé depuis des siècles en médecine traditionnelle polynésienne et suscite depuis quelques années l’intérêt de la médecine moderne en raison notamment de ses propriétés anti-virales.

Qu’est ce que l’huile de Tamanu ?

L’huile de tamanu est une huile végétale épaisse entièrement naturelle produite en Polynésie Française. Elle n’est pas comestible, mais elle est utilisée principalement à des fins cosmétiques et dermatologiques. Ce sont en particulier ses vertus cicatrisantes qui sont particulièrement prisées.

L’huile de tamanu a une jolie couleur verte, plus ou moins prononcée. Elle a un parfum puissant aux senteurs de noix, auquel on ne reste généralement pas insensible.

C’est une véritable huile du soleil, puisqu’en deçà d’une température de 25°C, elle se solidifie. Comme toutes les huiles, elle n’est pas soluble dans l’eau, mais on peut par contre la diluer sans soucis dans d’autres huiles végétales.

D’où provient elle ?

L’huile de Tamanu est extraite des fruits du Calophyllum Inophyllum, un arbre tropical aussi appelé « Tamanu » ou « Ati » en Polynésie. Cet arbre est profondément ancré dans la culture tahitienne, où il est considéré comme ayant de nombreux pouvoirs.

Le Calophyllum Inophyllum est un arbre pouvant mesurer jusqu’à 20 mètres de hauteur et près de 2 mètres de diamètre. On le retrouve dans le Pacifique en zone tropicale dans les îles polynésiennes mais aussi en Afrique et en Asie. Il pousse principalement sur les zones littorales et à basse altitude. En Polynésie, il a été introduit il y a plusieurs siècles par les premiers habitants.

A Tahiti, l’arbre tout entier est utilisé. Le bois sert à la construction de pirogues ou pour fabriquer des objets de rites. Les feuilles sont utilisées pour créer des décoctions de beauté, et donc les fruits pour obtenir de l’huile de Tamanu. Les fruits de l’arbre ressemblent à des noix vertes d’environ 2 cm de diamètre et ce sont leurs noix qui sont extraites pour la production de l’huile.

Il n’y a pas à proprement parlé de culture de Tamanu, cet arbre pousse naturellement et la récolte des fruits est généralement réalisée par les familles tahitiennes, qui la revendent par la suite. Cependant, alors qu’il poussait abondamment sur l’île, il n’existe plus aujourd’hui réellement de forêts de tamanu, si bien que des plantations commencent à voir le jour pour faire face à la demande croissante de ces dernières années.

Comment la produit t’on ?

Les fruits sont d’abord cueillis, puis les amandes des noix sont extraites. Elles sont ensuite exposées au soleil pendant 4 à 8 semaines.

Pendant ce temps de séchage, elle perdent environ 1/3 de leur poids initial et se remplissent petit à petit d’huile. L’huile est extraite des amandes par la technique de pression à froid, puis filtrée afin d’éliminer toutes les impuretés. Du tocophérol naturel est enfin ajouté pour stabiliser l’huile, et obtenir ainsi l’huile vierge de Tamanu.

La composition INCI du produit est donc limpide, puisque c’est uniquement de l’huile de Tamanu avec du tocophérol, soit uniquement des produits naturels.

Des traditions au monde moderne

Au départ, le tamanu était un arbre sacré, son bois n’était utilisé que pour confectionner des symboles religieux, hors de question de l’utiliser pour tout autre type de construction. D’ailleurs il se dit que les Dieux aimaient venir se reposer sous l’ombre de ses branches. Puis vint le christianisme, le tamanu perdit de son sacré et fut largement utilisé dans l’artisanat local pour tout type de constructions ce qui conduisit à une raréfaction de l’arbre et la destruction des forêts.

Parallèlement, le tamanu avait une place prépondérante dans la pharmacopée locale : c’est un Raau Tahiti (remède traditionnel) très utilisé en médecine traditionnelle polynésienne par les Tahu’ a (prêtre guérisseur). Les feuilles sont utilisées pour les maladies de peaux ou des problèmes aux yeux, les fleurs pour parfumer le monoï, l’écorce contre les ulcères, le jus de fruits pour les maux de tête et hémorroïdes, et donc les amandes qui servaient à produire l’huile qui était appliquée sur toutes sortes de plaies.

Petit à petit son utilisation médicinale a décliné jusque dans les années 30 où le tamanu fut utilisé pour soulager les douleurs générées par la lèpre. C’est en 1948 qu’il fut pour la première fois utilisé en médecine occidentale par le docteur Jeanson qui l’utilisa sur différents types de plaies.

Propriétés et utilisation

Depuis le début des années 50, l’huile de Tamanu a fait l’objet d’études scientifiques visant à identifier ses réelles propriétés. En 51, c’est Jacques Chevalier qui se lança sur une étude des propriétés cicatrisantes de l’huile de Tamanu. Elle fut tester avec succès sur différents types de plaies : des brûlures, des escarres,  gangrène, des plaies dues à des opérations, des greffes… En 1980, ce sont les vertus anti-inflammatoires de l’huile qui sont mises en avant. L’huile de Tamanu est également testée dans l’hôpital de Papeete dans le service des grands brûlés.

L’huile de Tamanu continue d’être le centre de nombreuses recherches afin de percer tous ses mystères. Les années 2000 ont ainsi vu deux thèses (Frédéric Laure en 2005 dont je me suis largement inspirée pour écrire cet article, et Mareva Leu en 2009) visant à étudier au plus près la composition de l’huile de tamanu. L’objectif étant entre autres d’identifier de nouvelles débouchées pharmaceutiques. Certaines molécules (les coumarines inophyllum B et P) ont notamment été identifiées comme efficaces pour lutter contre le virus HIV.

Elle est d’ors et déjà utilisée dans certains médicaments (baumes, pommades), dans des produits cosmétiques (maquillage, soins anti-âge, après solaires..) ou dans des savons. Même la marque Dior a utilisé cette huile dans un de leurs produits.

Elle a des propriétés anti-inflammatoires, analgésiques et cicatrisantes, des actions régénérantes, protectrices et anti-bactériennes également prouvées par des tests en laboratoires. Très efficace pour soulager des douleurs comme des tendinites, des coups de soleil ou encore pour lutter comme des problèmes de peau tels que l’acnée.

On l’utilise pure ou diluée dans une autre huile végétale en application locale sur la peau. A la maison, c’est « l’huile magique de marraine » pour ma petite de 3 ans (c’est sa marraine qui nous a fait connaître cette huile). C’est l’huile miracle pour soigner tous ses petits bobos :)

Un label qui aide à distinguer le véritable Tamanu

L’huile produite à Tahiti s’est avérée être une référence en terme de qualité et de vertus. Seulement le Calophyllum Inophyllum ne pousse pas qu’à Tahiti, mais dans de nombreux pays tropicaux également comme l’Inde, la Thaïlande ou Madagascar.

C’est d’ailleurs de Madagascar que viennent de nombreuses contrefaçons, puisque l’huile qu’ils produisent est aussi bien souvent appelée Tamanu ( à noter d’ailleurs que le mot « Tamanu » est un mot tahitien).

En fait ils produisent bien une huile bienfaisante à partir du même arbre, mais pas avec les mêmes caractéristiques que la véritable huile de Tamanu. Un peu comme si en France on mettait des vignes de champagne que l’on plantait dans le Languedoc. Bien évidemment on n’aura pas du champagne à la sortie, mais un mousseux.. A noter que la grande majorité des études scientifiques ont été réalisées sur l’huile produite à Tahiti.

C’est d’ailleurs pour favoriser le développement de l’exportation de l’huile de Tamanu et lutter contre les contrefaçons qu’un institut de l’huile de Tamanu a été créé à Tahiti en 2003. Cet institut est à l’initiative du label « Tamanu Original » créé en 2005, qui permet d’identifier une huile réellement produite en Polynésie Française.

label tamanu original

Le label certifiant l’origine de l’huile de tamanu

Maintenant, pour avoir du véritable tamanu, l’essentiel est de bien vous assurer que ce dernier est produit à Tahiti. Le label est un plus mais pas une nécessité, ce n’est pas une certification AOC comme pour le monoï par exemple.  Surtout que je ne suis pas certaine que ce label soit toujours d’actualité : sur le tamanu que je vends par exemple, il a été remplacé par la simple mention « certifié produit à Tahiti ». Et les différentes sources décrivant ce label ont disparu des méandres du net …

En savoir plus :

Un grand merci à Isabelle Trebucq, directrice de Tahiti Bien-être (école de bien-être basée à Tahiti), pour m’avoir fourni les informations nécessaires à l’écriture de cet article.